Ce deuxième et intense accouchement

10.05.2020

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dimanche 8 décembre, 20h30, je couche un petit Arthur grognon qui commence à s’enrhumer. Je m’allonge alors à côté de lui pour le rassurer et lui faire un énorme câlin. Je somnole légèrement mais des petites crampes au ventre arrivent doucement ...


Il est 21h00, petit cœur dort, je redescends voir mon chéri dans le salon et lui dis que j’ai des contractions pour de vrai cette fois-ci. Ce n’est pas juste mon ventre qui se durcit. Je ne suis pas vraiment fatiguée (ou alors j’ai peut-être une vague d’adrénaline qui m’emporte) et je ne veux pas aller me coucher. Je m’allonge sur le canapé devant quelques vidéos YouTube et je note sur mon téléphone la fréquence des contractions. C’est là que je me rends compte qu’elles sont rapprochées, toutes les 5 minutes. Mais elles ne me font pas mal du tout, semblables à de simples crampes comme je vous l’ai dit. J’envoie un message à Iris, ma meilleure amie, lui disant de ne pas mettre son téléphone en mode avion. On avait convenu que c’était elle et son chéri qui garderaient Arthur en cas de départ à la maternité. Elle a commencé à stresser apparemment mais elle était elle aussi surexcitée. Je la rassure en lui disant que ce n’est pas pour tout de suite, je n’ai pas mal. On rigole surtout sur le fait que le lendemain, le 9 décembre, elle fête ses 30 ans.

 

Il est 22h30 quand mon chéri me dit qu’il faudrait aller au lit, qu’il faudrait qu’on se repose .. comme si c’était un choix raisonnable à prendre. On se couche et on discute. On se confie. Il finit par s’endormir. De mon côté, les contractions s’éloignent de plus en plus les unes des autres mais elles deviennent maintenant désagréables. Je commence à somnoler .. mais je suis parfois rappelée à l’ordre.

 

C’est aux alentours de 1h30 du matin que je commence à avoir mal dans le dos. Tiens, ça me rappelle quelque chose qui s’est déroulé il y a à peine 16 mois. Je commence à m’auto-masser les lombaires, je me souviens que c’était ça qui me soulageait. Il est 2h00 quand je me dis que cette fois-ci c’est bon, il faut que je me prépare pour le départ à la maternité. Alors je monte au bureau imprimer ma dernière analyse, je prends le sac et la valise de maternité dans la chambre d’amis, je descends le tout et en profite pour boire un coup et manger une demie banane.

 

Il est presque 2h30, je vais voir le chéri dans la chambre, lui disant qu’il faudrait qu’il se réveille, que je vais faire « mon rituel de la douche » et qu’ensuite il faudra partir parce que « je commence à avoir un p’tit peu mal ». Plusieurs contractions pendant ma douche, mais je ne manque pas de me laver les cheveux hein ! Oui, oui, je refais bien le même rituel que pour Arthur. Je propose à mon chéri d’appeler la nounou (c’était notre plan B au cas où Baby Two voulait venir en pleine nuit), il me demande si c’est urgent, si on peut attendre encore un peu .. et je lui dis que oui. Sauf qu’en me voyant encaisser des contractions de plus en plus douloureuses et rapprochées, il comprend qu’en fait si, ça devient urgent : il file l’appeler.

 

Une nounou en or, qui décroche en pleine nuit et qui évidemment accepte d’accueillir notre loulou avec grand plaisir.
Je sors de la douche, mon chéri y passe pour se réveiller les idées. Il me demande à quelle fréquence sont les contractions, je réponds que c’est toutes les 5 minutes. Mais il me fait vite remarquer que je ne suis pas en galère que toutes les 5 minutes : je m’appuie contre les murs, étire mon dos, souffle, grogne un peu toutes les 2-3 minutes plutôt si ce n’est parfois moins. « À chaque fois que je te regardes, tu es penchée et t’as mal. » C’est quand il m’a dit ça que j’ai compris que ça allait vite, vraiment très vite. J’aurais peut-être pas dû me laver les cheveux cette fois-ci. Pendant que je peine à me rhabiller, mon chéri sort Arthur du lit (qui était à croquer avec ses cheveux en pétard et sa moue de bébé endormi soit dit en passant) et il l’emmène en trottinant chez la nounou. Oui, il me dira le lendemain qu’il trottinait au volant de la poussette sur les trottoirs à 3h00 du matin pour faire le plus vite possible ! Par chance, la nounou est à 300m de chez nous.

 

Sur le chemin, il récupère la voiture et se gare devant la maison. Une contraction, je mets mes chaussures. Une contraction, je mets mon manteau et je sors. Une contraction, je m’appuie contre le mur à côté de notre portail. On monte en voiture et là, le « début de la fin ». Sur les 15 minutes de trajet jusqu’à la maternité, j’ai du avoir « seulement » 4 contractions, mais des plutôt bonnes voyez-vous. Je pense que le fait d’être assise les a un peu espacées mais elles étaient vraiment plus intenses. Tout mon ventre, mon dos et mon bassin étaient irradiés à chaque fois que l’utérus se contractait. Je n’avais pas ressenti ça aussi fort lors de mon premier accouchement.

 

Et sur le chemin, quand je peux souffler, je commence à poser des mots sur la suite : « J’ai trop peur qu’on arrive trop tard. J’ai trop peur qu’on ait pas le temps pour la péri. » Mon chéri ne disait pas un mot, il était concentré sur sa conduite de nuit .. en allant plus vite que la vitesse autorisée avouons-le. Mais on avait des boulevards devant nous, personne sur la route et je pense qu’il voyait bien qu’il fallait faire très vite. Mais sa main de temps en temps sur la mienne me rassurait. Je n’étais pas seule.

 

Il est 3h25 et on arrive à la maternité. Le vent souffle si fort dehors. Il fait froid. J’ai le manteau ouvert, les cheveux mouillés.. Mais je suis obligée de m’appuyer contre le coffre de la voiture pour me soulager encore une fois. Puis contre le mur du couloir qui mène aux urgences, contre le bureau de l’accueil et enfin contre un mur qui mène aux salles. À partir de ce moment-là, de cette dernière contraction dans ce couloir, mes yeux se sont fermés. On va en salle de travail, je marchais à l’aveugle. Mes yeux, je les ai rouvert qu’une seule fois, au moment où la sage-femme qui nous accompagnera a posé son diagnostic dans cette salle. Je suis à dilatation complète. Elle criera d’ailleurs « Complète ! » dans le couloir pour qu’une autre sage-femme s’active vraiment très très vite pour ramener un fauteuil roulant et préparer la salle d’accouchement. Je demande à la première si on peut faire quelque chose, si je peux avoir la péri tout en continuant à encaisser un max. Elle me dit que par chance, la poche des eaux est intacte et que c’est possible mais qu’elle ne promet rien, elle prévient l’équipe anesthésiste de suite. « Dès que ça va un peu mieux, asseyez-vous sur le fauteuil mais on attend pas non plus que la contraction soit totalement passée ».

 

Et à partir de là, ce n’était plus des grognements et des bruits graves type « méditation » qui sortaient de ma bouche. Les cris commençaient à arriver .. même si d’après mon chéri je n’ai pas non plus tant crié que ça , par contre moi j’avais l’impression d’en faire des caisses ! Je ne contrôlais rien, je ne le pouvais pas, je subissais tout ce qu’il se passait tant je n’étais pas préparée à ça. Alors on soupire, on gémit, on crie pour tenter de soulager cette « douleur » qui s’apparente en fait plus à quelque chose d’extrêmement désagréable plutôt que de douloureux.

 

Certainement vers 3h45, on arrive dans la salle d’accouchement, mes yeux sont encore fermés. Je m’allonge péniblement sur la table, on me pose un monitoring pour vérifier que tout va bien côté bébé et c’était le cas. Une première contraction violente survient au point de me donner envie de pousser mais je ne le ferai pas. Je me blindais mentalement en me disant « T’accoucheras pas sans péri, t’accoucheras pas sans péri, t’accoucheras pas sans péri, résiste, on te la pose bientôt. T’accoucheras pas sans péri ma grande. Résiste. ».

 

Je redemande aux sages-femmes la péridurale, elles me disent que les anesthésistes sont au courant et arrivent. Une d’elles me met une charlotte sur les cheveux pour une question d’hygiène lors de la pose de l’anesthésie. J’ai un mini moment de répit pour pouvoir « rire » avec elle et mon chéri : « Mais vous avez beaucoup de cheveux, j’arrive pas à tout mettre ! - Ne lui dites pas ça, elle veut déjà les couper ! - C’est à cause de lui, il veut pas que je les coupe ! » J’ai pas pu enchaîner avec une autre phrase .. Une énième contraction encore plus violente m’oblige à laisser échapper un « Putaaaaain mais ça fait mal ! » et c’est elle qui rompra la poche des eaux et qui accélérera tout. À ce moment-là, j’ai compris. Ça se fera sans. J’ai envie de pleurer, j’ai vraiment trop peur, j’ai l’impression que je vais mourir, tomber sans les pommes ou que sais-je, j’ai trop chaud, je demande « du vent » à mon chéri, je répète à tout le monde que je n’y arriverai pas. J’essaye de pleurer mais même ça je n’y arrive pas. Je n’arrive pas non plus à garder le contrôle sur ma respiration.

 

Un homme entre dans la salle, j’ai toujours les yeux fermés mais je l’entends dire « Bon là, on fait sans hein. ». C’était l’anesthésiste, ou un de ses collègues, je ne sais pas vraiment. Ok, c’est confirmé. Ça se fera vraiment sans. Je reprends un petit peu mes esprits parce qu’il le faut. Mais je garde toujours les yeux fermés. Tout va dépendre de moi maintenant. À la contraction suivante, je pousse mais je m’arrête net tant une sensation si étrange m’envahit. J’ai clairement la sensation d’être possédée, que quelque chose se fait tout seul. Le bébé est totalement engagé. La sage-femme me dit que si je prends une grande inspiration et que je pousse bien fort et longtemps, ce fameux bébé sera là et je serai soulagée, la douleur disparaîtra. Je la crois, j’ai confiance en elle. Mon chéri me le répète « Vas-y mon cœur, le bébé est là, je le vois, ça va aller très vite, tu vas y arriver mon cœur. »

 

Il m’a suffit de cette phrase pour prendre une grande inspiration et pousser. Une deuxième grande inspiration et je pousse une dernière fois, mon chéri saisit l’instant en poser notre bébé sur moi. Ce petit bout se met à crier tout de suite, à peine sorti. J’ai toujours les yeux fermés et je ne réalise pas ce qu’il vient de se passer. « C’est vraiment vrai ? C’est réel ? Je l’ai fait ? » Je n’ai plus mal et j’entends des cris, des félicitations, des bravo, des « Vous avez vu, ça va vite ! Vous avez super bien travaillé ! » et surtout des « Je suis fier de toi ! » .. C’est à ce moment-là que mon chéri nous annoncera le sexe du bébé et son prénom, une magnifique Agathe .. et que je rouvrirai les yeux après cette parenthèse si intense pour contempler cette petite merveille.

 

Étrangement, avec le recul, je vous dirais que oui ça fait mal mais non, je n’ai pas souffert. Les contractions font mal, c’est un fait, mais le passage du bébé n’est pas plus douloureux qu’elles. On crie de soulagement, de délivrance et surtout par effort. Le corps d’une femme est si bien fait, il nous permet d’accomplir tant de choses .. On est faites pour et j’en ai eu la preuve en cette nuit du lundi 9 décembre 2019, à 4h01. Et je suis si fière et heureuse de l’avoir vécu. Fière aussi de tout ce travail d’équipe : sage-femme, chéri, bébé et moi .. mais aussi de cette bienveillance qui régnait encore dans cette salle d’accouchement, comme lors du premier, la même salle en plus : tout ne pouvait que bien se passer. Je resigne direct pour le troisième, un peu plus tard. Mais je ne me laverai pas les cheveux avant cette fois, je me le promets.

 

Parisiennement vôtre,

 

Charlène  ♡

 

 

 

 

photos @lescapricesdiris

 

 

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